mercredi 30 septembre 2009

Eté indien et jazz en octobre à Berlin

Je me suis modernisé : voici l'adresse d'un calendrier que j'actualise régulièrement. C'est une sélection, bien sûr, rien d'exhaustif. Plutôt des recommandations... qui s'affineront encore avec le temps. Pour quelque chose de plus impartial, entre le calendrier de la Jazziniative et celui de Echtzeitmusic, vous trouverez de quoi vous orienter dans la jungle des évènements et joies que procure la belle ville de Berlin.
Et voici l'heure venue des festivals, le Young Generation Jazz Meeting par exemple et puis côté musiques improvisées le Umlaut festival et la Violinale de l'Exploratorium. Côté vedettes, le pianiste polonais Marcin Wasilewski passe le 3 au A-Trane, Richard Bona sera pour deux soirs au Quasimodo en fin de mois et le batteur Jim Black sera de passage dans le Carlos Bica's Azul trio. Je forme tous mes vœux de succès au jeune groupe Formelwesen qui sort un CD et sera au Schlot le 12, en même temps que Keith Jarett, dont le succès n'est plus à souhaiter, à la Philharmonie. Devinez ou je serai ?
Ceux qui ont l'occasion d'aller en France pourront consulter Jazz à Paris, JazzOcentre ou bien encore Z et le Jazz, des nouvelles du Québec se trouvent chez Jean-François et pour la Belgique cliquez chez Jazzques.

mardi 29 septembre 2009

Formelwesen, CD release le 12 octobre au Schlot


Formelwesen - Diggin Demons from Geis on Vimeo.

Moi j'aime bien. Le concert au Schlot est gratuit, on ne se privera pas de faire un don ou de commander 55 boissons, au choix.

dimanche 27 septembre 2009

La Violinale de l'Exploratorium du 8 au 12 Octobre


C'est cette fois l'Exploratorium de Berlin qui nous propose un feu d'artifice d'expériences musicales du 8 au 12 octobre sous le patronage de Daniel Hope. Le nom, Violinale, à consonance francophone, suggère le thème du festival : violons et archers. Mais en fait, c'est l'improvisation qui est au centre de la démarche. Et surtout, des individualités créatrices qui se chargent de produire la matière à des ébats sonores. Pour situer le phénomène, j'ose rappeler que l'Exploratorium est un centre de spectacle mais aussi un institut de formation à la musique improvisée et à la pédagogie musicale créative, le tout en plein Kreuzberg. Et oui, le titre est presque aussi long en allemand qu'en français, c'est dire la nécessité géniale de l'appeler par son nom : Exploratorium.
Voyons le programme de plus près :

Jeudi 8 à 20 h à l'Exploratorium
  • Ouverture en fanfare avec le duo Heitere Fahne  : Ma-Lou Bangerter et Werner Lützow - Cors des Alpes.
  • L'ensemble de la fête (qui variera au long de l'évenement) : Ulli Bartel et Johnny Chang - violons
  • Duo Mile Perkin -contrebasse et Gerhard Uebele - Violon
  • "Infidel : traditional fidddle tunes in other sound context" : Hollis Taylor - Violon et John Rose - Monochord
Vendredi 9 à 20 h à l'Exploratorium
  • Viola 2 Viola : Cyprien Busolini - Viola, Frantz Loriot - Viola
  • Hollis Taylors Bird Projekt : conférence "the music of nature, the nature of music"
  • Composition autour du projet de Hollis Taylor pour violon solo : Hollis Taylor - violon
 Samedi 10, Heilig-Kreuz-Kirche
16 h : 
  • ”Wasserfall” - Performance improvisée pour orchestre de cordes
  • Erstes Improvisierendes Streichorchester (E.I.S.)
  • Miles Perkin – Contrebasse solo
  • "Wald, Hochwald, Holzfällen" pour Cor des Alpes et violon : Festspielensemble (Ulli Bartel –Violon, Johnny Chang –Violon, Mathias Heßler –Violon, Ernesto Rodrigues –Violon, u.a.)
20 h : 
  • Duo Malcolm Goldstein/Barre Phillips: Malcolm Goldstein – Violon, Barre Phillips – Contrabasse
  • Ulli Bartel – Violon solo
  • The Kryonics : Aleks Kolkowski – violon Stroh, Jon Rose – violon Stroh, Matthias Bauer - Contrebasse
 Dimanche 11
15 h, Exploratorium : 
  • Biliana Voutchkova – Violon solo : compositions de Joe Maneri et autres
  • Aleks Kolkowski Solo Performance : nouveaux morceaux pour violon Stroh
  • Jon Rose Solo Performance mit dem K-Bow
20 h, Heilig-Kreuz-Kirche : 
Longue nuit des solos de violons en trois parties

Teil I
  • „Cucumber Serenades“ Uraufführung für Violine, Sinuswellen und Violin-Chor : Festspielensemble & Marc Sabat – Violon
  • „Intonations after Morton Feldmann #1 and #2“ „November 15, 1935 – Leaving Santa Barbara“ 
  • Marc Sabat – Violon solo
  • „Three Chorales for Harry Partch“ : Malcolm Goldstein – Violon, Marc Sabat – Alto, Violon
Teil II:
  • Malcolm Goldstein – Violon solo    
Teil III:
  • Solo-Fragmente nach einem Raumkonzept: Ulli Bartel – Violon, Cyprien Busolini – Alto, Johnny Chang – Violon, Mathias Heßler – Violon, Frantz Loriot – alto, Ernesto Rodrigues – Violon, Gerhard Uebele – Violon, Biliana Voutchkova – Violon
Il n'y a plus que l'embarras du choix ! Bons concerts !

vendredi 25 septembre 2009

Un festival jeune et européen : Umlaut Festival

Ils viennent de partout à Berlin pour faire partager leurs conceptions de la musique. Ce sont les jeunes musiciens Florian Bergmann, Pierre Borel et Hannes Lingens qui font vivre leur sensibilité et établissent la programmation du Umlaut Festival avec l'ambition de faire vivre leur propre label. Evidemment, beaucoup de choses à découvrir en provenance de Paris (merci Pierre) mais aussi de Bruxelles ou bien encore Stockholm. Les concerts sont en pack de trois ou quatre dans deux lieux du 8 au 11 octobre.

Voici le détail :
Jeudi 8 octobre, Theatherkapelle à 21 h :
Pierre-Antoine Badaroux (Paris), Composition 11 pour Grand Ensemble
BB (Brüssel / Berlin) : Florian Bergmann - clarinette basse, Clement Nourry - guitare, Fred Jacques - voix, bouzouki irlandais, Hannes Lingens - accordéon
Peeping Tom : Pierre-Antoine Badaroux - saxophone alto, Joel Grip - basse, Antonin Gerbal - batterie

Vendredi 9 octobre, Theaterkapelle à 21 h :
Fo[u]r Alto + Dance (Berlin / Brüssel) : Benjamin Weidekamp, Christian Weidner, Florian Bergmann, special guest - saxophones altos, Barbara Pereyra, Valeria Garre - Danse
Lyenn (Brüssel) : Fred Lyenn Jacques - voix, guitare baryton, bouzouki irlandais.
Obliq + Christof Kurzmann (Berlin) : Pierre Borel - sax alto, Derek Shirley - bass, Hannes Lingens - batterie

Samedi 10 octobre, AT.18 :
plusieurs solis d'artistes

Dimanche 11 octobre, 20 h à l'AT.18 :
Dowland Waters (Berlin) : Almut Kühne - Vocals, Johanna Borchert - piano
Risser / Rühl (Paris) : Eve Risser - piano, Joris Rühl - clarinette, clarinette basse
Hommage à Per-Henrik Wallin (Paris / Stockholm / Berlin) : Hermann Keller - piano, Joel Grip - basse, Sven-Ake Johansson - batterie
Cut / Paste : Dominique Piveteaud - performance

Bons concerts et longue vie à Umlaut Records !

mercredi 23 septembre 2009

Marie et la victoire

Et oui, c'était prévu, qu'il y ait un vainqueur au 9e Jazz Awards ! La voici la voilà : Marie Séférian Quartett.
C'est une élève de Judy Niemack au Jazz Institute Berlin et je crois même que Marie, originaire du Liban, comprendra ce que j'écris car elle est francophone. Alors toutes mes chaleureuses félicitations et à bientôt !

mardi 22 septembre 2009

14ème Festival "Young Generation Jazz" du 1er au 4 Octobre

Avec une volonté clairement affichée d'être un festival de jeunes musiciens européens, le festival "Young Generation Jazz" propose du 1er au 4 Octobre la 14e édition dans deux lieux dédiés aux spectacles : l'Admiralpalast et la Machinenhaus de la Kulturbrauerei. De belles soirées s'annoncent... qui ira faire un tour sur les pages myspace des artistes se rendra compte que la qualité sera au rendez-vous, la création aussi. Au côté de celui du land Berlin, les services culturels de plusieurs pays (Irlande, Finlande, Pologne) participent financièrement à cette odyssée créative. Voici le programme :

Le 1er à l'Admiralpalast
20 h : Tigers of love (D)
21 h 30 : RGG trio (Pologne)
23 h : Shoot the Moon (D)

Le 2 à l'Admiralpalast
20 h : Fidan (NL, Turquie, D)
21h30 : Transit Room (D)

Le 3 à la Machinenhaus - Kulturbrauerei
20 h : Togetherness (Irlande)
21 h 30 : Oktoposse (D)

Le 4 à la Machinenhaus - Kulturbrauerei
20 h Elifantree (Finlande)
21 h 30 Carsten Daer Trio (D)

Ça foisonne, ça foisonne, rien que du bon, dépêchons-nous, allons donc acheter quelques cartes !!! Je serai absent et qui ira aux concerts et souhaite écrire quelque chose à ce sujet sur ce blog est bienvenu... Oui, oui, c'est un appel.

samedi 19 septembre 2009

Stéphane Furic Leibovici, une contrebasse et un nouvel envol

Le contrebassiste et compositeur Stéphane Furic Leibovici vient de s'installer à Berlin. Il est possiblement tombé amoureux de la ville et de son côté fantasque, de ses légendes et des multiples facettes de sa personnalité... Le passé de Stéphane Furic ne fera pas ombre à son avenir : ami et partenaire de musique de Jim Black, de Chris Cheek mais aussi de Patrick Goraguer, il existe bon nombre d'enregistrements où figurent soit l'un, soit l'autre, soit les trois. Au départ de ces amitiés, les bancs de l'école de Berkelee à Boston et puis le "laboratoire Furic" qui s'ensuit fume de tous les tuyaux qui en dépassent. A l'occasion d'une tournée, il fera visiter l'Europe à Jim Black qui y vient pour la première fois, et Black profite de l'occasion pour découvrir quelques allemands qui font une drôle de fusion et qui s'appellent déjà "der rote Bereich".
Voici une courte discographie de Stéphane Furic en "band leader" :
1993 : "The Twitter-Machine" avec Chris Cheek - sax ténor, Patrick Goraguer - piano et Jim Black - batterie
1996 : "Crossing Brooklyn Ferry" avec Chris Cheek saxos ténor et soprano, Andrew d'Angelo - sax alto, clarinette basse, Jens Winther - trompette, Per Arne Glorvigen - bandonéon, Patrick Goraguer - fender Rhodes, clavinet, Jim Black - batterie, Gaby Arnon - voix
2003 : "Music for 3" avec Chris Cheek - sax ténor et Patrick Goraguer - batterie

2008 : "Jugendstil" avec Chris Cheek - sax ténor et Chris Speed - clarinette. Ce dernier album fut particulièrement remarqué et voici quelques évocations : sur Free Jazz, sur All about Jazz et encore sur All about Jazz. En outre, l'album reçu 4 étoiles sur Jazzman (France).

tilidom.com
En écoute : "le feuillage des gestes" (copyright Stéphane Furic publié avec autorisation de l'auteur)

La musique de Stéphane Furic Leibovici explore depuis "Jugendstil" de nouvelles frontières, entre jazz avant-gardiste et musique classique contemporaine... Ce choix de Berlin pour les réalisations à venir est d'une logique à toute épreuve. C'est avec très grand plaisir que j'ai accueilli ce très grand créateur de musique. Puisse Berlin s'enrichir de ce nouvel arrivant !

jeudi 17 septembre 2009

Das rosa Rauschen, concert du 13.09, journée du patrimoine

J'avais déjà eu l'occasion de voir le groupe "das rosa Rauschen" ("le bruit rose" : Felix Wahnschaffe - sax alto, John Schröder - guitare, Olivier Potratz - contrebasse, Eric Schäfer - batterie) en concert lors du festival "les nuits du Jazzkollektiv". Déjà l'an passé, le quartette m'avait impressionné pour son côté sans prétention puis après une première écoute par la qualité et la complexité des compositions. La plupart sont signées Felix Wahnschaffe et font l'objet d'arrangement subtils qui laissent une grande place aux improvisateurs. Ce dimanche dernier encore, le quartette, augmenté d'un invité spécial, le tromboniste Gerhard Gschlößl, démontra une grande capacité à l'improvisation mais aussi à l'écriture. Les conditions de ce concert n'étaient pas excellentes : une longue résonnance due au lieu, une halle industrielle désaffectée, qui fut choisie en fonction des "journées du patrimoine", qui, comme en France, donnent un accès exceptionnel à des lieux habituellement fermés au public. Les musiciens ont fait fi de tous ces soucis et ont finalement produit une prestation de bonne qualité.
Cette manifestation était organisée par la Jazzkeller69 et financée par le service culturel du quartier Treptow-Köpenick

mercredi 9 septembre 2009

Remise des Jazz and Blues Award 2009

L'association Jazz Initiative Berlin va remettre les 9émes "Jazz and Blues Awards" les 19 et 20 septembre aux cinq groupes finalistes dans chacune des deux catégories. La "cérémonie" aura lieu au Palais de la Kulturbrauerei.
La compétition se compose de candidats dont les formations résident à Berlin, les morceaux présentés doivent être soit des compositions originales, soit des standards issus de compositeurs allemands ("German Real Book")
Les candidats finalistes se présenteront au public pour la finale, le samedi 19 dans la catégorie "Jazz made in Germany". Il s'agit de Suse Jank and Band, Dan-Robin Matthies Band, Benjamin Attiche Quartet, M&M, Marie Séférian Quartett.
Dans la catégorie "Blues", les finalistes sont : Crazy Hambones, Muddy Feet, Mad Dawgs, Pete Gavin & shAnghAi blues gAng, Belle Alliance feat. Friederike Brück.
L'an passé, le vainqueur désigné par le public a été le duo du pianiste Marc Schmolling (photo) et de la chanteuse Iris Roman. Côté funk-jazz, le groupe Mo'Blow remporta la mise. Le vainqueur côté "professionnels de la musique" était le groupe "das rosa Rauschen" et Mo'Blow.

mardi 8 septembre 2009

Un festival pour le Jazz Européen du 18 au 23 septembre

L'association Jazzwerkstatt propose au Babylon Mitte cinq jours de concerts. Chaque soir, une rafale de ce que le jazz allemand et européen propose de mieux, sous forme de trois concerts quotidiens maximum, qui ne sont malheureusement pas remboursés par la sécurité sociale. Ces concerts sont presque tous des hommages à de grands créateurs du jazz et à leur manière d'influencer les démarches créatives de musiciens contemporains.

Pour se mettre en jambe, Rolf Kühn, clarinettiste qui joua dans l'orchestre de Benny Goodman, jouera le 18 avec son frère Joachim Kühn et quelques-uns des très bons berlinois déjà cités dans ce blog rassemblés ous le nom de Tri-O, un hommage à Benny Goodman. Puis il ne quittera la scène que pour laisser s'installer le NDR (Norddeutscherundfunk) Big Band avec lequel il exposera le prochain projet. Rien de cette soirée ne devrait être nostalgique, nous prévient l'association... elle sera plutôt tournée vers l'avenir du jazz.
En marge de cette soirée du 18, rien moins que le duo "The Salmon" de Ernst-Ludwig Petrowsky - saxophones et Michael Griener - batterie.

Le 19, après le groupe Potsa Lotsa de Silke Eberhard à la Jazzwerkstatt, retour au Babylon à 20h pour un Dave Burell piano solo. Le pianiste américain est connu pour ses nombreuses collaborations avec Archie Shepp.
Le même soir Ulrich Gumpert Workshop band suivra les traces de Mingus. Le Monk's Casino de Alexander Von Schlippenbach conclura la soirée.

Le 20, la série des hommages se prolongera avec la "Celebration Wayne Shorter" de Wolfgang Schmitke- Sax ténor et soprano, Matthias Schriefl - trompette, Bob Degen - piano, Dieter Manderschied - basse, Thomas Cremer - percussion et le groupe "Dok Wallach" (Daniel Erdmann - ténor sax, Michael Thieke - alto sax, clarinette, Johannes Fink - contrebasse et Heinrich Köbberling) jouera Mingus.
Le Uri Caine (en photo ci-dessus) "Bedrock Trio" (Uri Caine - piano, Tim Lefebvre - basse électrique, Zach Danziger - batterie) mettra fin à la soirée accompagné de la chanteuse Barbara Walker.

Le 21
, pause au Babylon et direction l'Institut Français pour le concert solo de Jürg Wickihalder - saxophones mais surtout pour le trio Urs Leimgruber - saxophones, Jacques Demierre - piano et Barre Phillips - contrebasse.

Le 22, Aki Takase jouera Fats Waller avec Eugene Chadbourne - guitare, Nils Wogram - trombone, Rudi Mahall - clarinette basse et Paul Lovens - batterie.
Le Jürgen Scheele & Independant Jazz Orchestra prendra le relais pour jouer une suite dediée à la mémoire et l'honneur de Don Cherry "The Earth is a Drum" avec près de 20 musiciens.

Le 23, le studio kino du Babylon diffusera un film documentaire avec Yusef Latreef "Brother Yusef"
Jürg Wickihalder - Saxophones jouera en solo un hommage à Steve Lacy.

Voilà pour "A European Jazz Jamboree Berlin" ! Bon concerts !

dimanche 6 septembre 2009

Une semaine berlinoise : du samedi 8 août au dimanche 16 août 2009, par Olivier Ledure

Ce ne sont pas les concerts de jazz qui m’avaient conduit à Berlin, mais ma passion pour les arts premiers (Afrique et Océanie, principalement). En effet, s’il ne reste quasiment plus rien de l’empire colonial allemand, leurs musées nous rappellent qu’en Afrique, notamment, les Allemands établirent des comptoirs au Togo, au Cameroun, dans la République Démocratique du Congo (ex Zaïre) et en Namibie, entre 1870 et 1918. Et, par ailleurs, je suis féru des expressionnistes allemands, soit le mouvement Die Brücke, (Otto Dix, George Grosz, etc…). De plus, je pensais qu’en cette saison, la programmation de jazz à Berlin était similaire à celle de Paris : quasiment inexistante.

Par acquis de conscience, je tapais « free jazz Berlin deuxième semaine d’août 2009 » dans Google. Et là, je restai sans voix : j’avais plus l’occasion de voir des concerts de free ou de musiques improvisées en une seule semaine que d’aller dans les musées berlinois ! J’entrais en contact avec Jean-Marc qui anime un blog, tenu en Français, et avec Patrick, un allemand qui a séjourné à Paris durant trois ans et qui gère le Froschkoenig (la grenouille empereur), lieu où devait se dérouler le premier concert le jour même de mon arrivée à Berlin.

MOTH est un acronyme des musiciens suivants : Magda Mayas, piano préparé, Morten J Olsen, batterie préparée, Clayton Thomas, contrebasse et Chris Heenan, clarinettes. Avant leur entrée en scène, je discutais brièvement avec Clayton lui rappelant le très bon concert de Mulhouse en 2008 avec Evan Parker, et nettement plus longtemps avec Morten, qui préparait longuement sa batterie : il avait installé sous une cymbale quatre triangles, un seau métallique en guise de tom, moult sifflets et autres chaînes… Et la musique me direz-vous ? Cela avait pourtant bien démarré. L’impression envoûtante d’être dans une forêt vierge, au début de l’humanité… et puis, plus rien, si n’est à la fin du second set, un semblant de mélodie, un thème répétitif… Incontestablement, je fus déçu et cela devait se lire sur mon visage car Clayton Thomas vint vers moi dès la fin du concert, me disant qu’il allait jouer au B-Flat le tout prochain mardi, dans un esprit nettement plus free music.

J’avais de tout façon prévu d’aller au B-Flat le lundi car s’y produisait le Monk’s Casino trio avec Alexander van Schlippenbach au piano, Jan Roder à la contrebasse et Uli Jennessen à la batterie. Soit les musiciens qui jouent tous les thèmes de Thelonious Monk sur disque, mais sans Axel Dörner à la trompette, ni Rudi Mahall à la clarinette basse. Ce fut un festival : un piano versatile, dans le sens anglais du terme, une contrebasse agile et une batterie volubile. Un véritable foisonnement au service du contrepoint « Spherique » et un concert exceptionnel, définitivement !

Le lendemain soir, je vis arriver Clayton Thomas sur son vélo, sa contrebasse en guise de sac à dos, rejoignant le saxophoniste ténor Matthias Schubert et la vibraphoniste Els Vandemeyer. Le batteur Hannes Lingens fut remplacé au pied levé par un australien, Tony Buck. Ce fut complètement différent de la veille, mais tout aussi vivant. Sous la conduite de Matthias Schubert, ce quartet nous délivra un premier set rempli de tonalités free music (Clayton ne s’était pas trompé), avec quelques citations de « Out to Lunch » d’Eric Dolphy. Le second set s’affirma nettement plus déstructuré, avec la vibraphone et la contrebasse qui s’en donnaient à cœur joie. Un vrai régal !

Je passais le vendredi soir au Badenscher Hof, un très agréable restaurant, où normalement, le groupe Aki & The Good Boys devait se produire : Aki Takase (p) aurait dû être accompagnée par Tobias Delius (ts), Rudi Mahall (bcl), Johannes Fink (b) et Heinrich Köbberling (dm). En fait, Aki Tanase, malade, fut remplacée par son mari, A. van Schlippenbach et Tobius Delius ne le fut pas. Ce fut décevant : Rudi eut beau souffler comme un dératé dans sa clarinette basse, le reste du groupe ne suivait pas : Alexander se contentait d’assurer et la paire Fink-Köbberling m’apparut très nettement moins bonne que la paire Roder-Jennessen. Je m’en allais à la fin du premier set.

Puis, la veille de mon départ, je rencontrais enfin Jean-Marc : le programme qu’il m’avait proposé me faisait envie. En effet, l’association Jazzkeller69 dont il est membre, avait invité Tristanoband et Blofeld, deux groupes allemands à venir jouer en plein air dans le quartier de Treptow. J’ai préféré le premier groupe au second, car nettement plus free que néo-bop. N’oublions pas que Tristano, puisque ce premier ensemble ne jouait que ses compositions, est l’un des inventeurs reconnus du free jazz: témoin, sa composition « Descent Into The Maelstrom » qui date de 1953. N’oublions pas également que le bop est une musique extrêmement rigoureuse dont la mise en place importe au plus haut point. Un grand merci à Jean-Marc !

Olivier Ledure, collaborateur d’Improjazz.

samedi 5 septembre 2009

L'anniversaire de Manfred Schulze célébré à l'Aufsturz

Manfred Schulze est un compositeur et saxophoniste basse "du temps de la RDA". Il composa à partir des années 70 bon nombre de morceaux qu'il faut bien appeler "musique de danse", une réponse très personnelle (ou politique ?) au groupe "Blood, Sweet and Tears". A cette époque, l'homme reconnaît volontiers que cette influence de l'Amérique n'est pas forcément ce qu'il fait de mieux, mais que c'est cette musique qui est applaudie.
Le reste de son œuvre est une contribution à la musique improvisée, dans ce qu'elle avait de plus novatrice pour l'époque, et son travail avec des "soufflants" uniquement où la réapparition de la clarinette dans ce champ musical est exemplaire. Manfred Schulze est donc à associer aux musiciens de culture européenne parmi les plus novateurs. (Voir ici une vidéo tournée en 1986) Depuis 94, l'homme est victime d'une maladie du système nerveux et vit dans un centre de soins. Il vient d'avoir 75 ans et l'association Jazzkeller 69 qui l'a très souvent programmé en d'autres temps, a voulu se souvenir. Cette célébration prend plusieurs formes :
- La réunion d'un groupe comptant parmi ses membres les musiciens berlinois les plus remarquables "The new Manfred Schulze Formation" qui se réclament de cet héritage,
- le réarrangement des compositions de Manfred Schulze par Stefan Bleier, qui s'applique à intégrer toutes les facettes de l'œuvre du compositeur,
- des concerts dédiés pendant ce mois de septembre,
- la création d'un site web en allemand, afin de mettre en valeur et porter à la connaissance l'œuvre de Manfred Schulze.

Le concert du 4 septembre à l'Aufturz était en "double pack", une rentrée remarquable pour l'association Jazzkeller. D'abord le groupe "die Enttäuschung" (la déception), composé de Rudi Mahall - clarinette basse, Axel Dörner - trompette, Jan Roder - contrebasse et de Uli Jennessen qui existe depuis 1994 et produit régulièrement des albums, parfois "home made". Le groupe était en studio récemment et Rudi Mahall expliquait lors du concert, non sans humour, "on vient d'enregistrer, notre album est sorti et on joue beaucoup notre travail pour cet enregistrement... vous pouvez économiser le prix de notre CD, on les a de toute façon oubliés à la maison..." Le marketing selon Mahall ! Le groupe compte parmi les plus remarquables en ce moment à Berlin... Et voilà ce qu'était la soirée d'hier : magique ! Des musiciens très en forme pour une musique à tiroirs, assurant des surprises à chaque mesure... J'ai trouvé sur le web quelques commentaires sur l'enregistrement de 2007 de la formation : le son du Grisli et Bagatellen (en anglais) On ne trouve que très peu de traces de ce groupe et de ses membres sur internet... Le marketing Mahall est passé par là, on a envie de prendre des notes !

Il était difficile de passer derrière "die Enttäuschung"... Mais la "New Manfred Schulze Formation" rassemblait bon nombre des très bons musiciens berlinois : Nikolaus Leistle – sax baryton, Uli Kempendorff – sax ténor et clarinette, Moritz Schumacher – sax alto, Martin Klingeberg – trompette, Gerhard Gschlössl – trombone, John Schröder – guitare, Martin Klein – contrebasse et Kay Lübke – batterie. Ces arrangements de Stefan Bleier sont une belle surprise... sous la forme d'un "pot-pourri" très années 80, les différentes facettes du créateur alternent de manière très poétique, parfois nostalgique... Passer de ce qui pourraient être des "hits" disco à des phases d'improvisations libres, trouver des chemins harmoniques et lier des mondes qui semblent très éloignés les uns des autres relèvent d'un grand talent... C'est un très bel hommage rendu à Manfred Schulze, qu'il faudrait faire tourner et enregistrer.