
Manfred Schulze est un compositeur et saxophoniste basse "du temps de la RDA". Il composa à partir des années 70 bon nombre de morceaux qu'il faut bien appeler "musique de danse", une réponse très personnelle (ou politique ?) au groupe "
Blood, Sweet and Tears". A cette époque, l'homme reconnaît volontiers que cette influence de l'Amérique n'est pas forcément ce qu'il fait de mieux, mais que c'est cette musique qui est applaudie.
Le reste de son œuvre est une contribution à la musique improvisée, dans ce qu'elle avait de plus novatrice pour l'époque, et son travail avec des "soufflants" uniquement où la réapparition de la clarinette dans ce champ musical est exemplaire. Manfred Schulze est donc à associer aux musiciens de culture européenne parmi les plus novateurs. (Voir
ici une vidéo tournée en 1986) Depuis 94, l'homme est victime d'une maladie du système nerveux et vit dans un centre de soins. Il vient d'avoir 75 ans et
l'association Jazzkeller 69 qui l'a très souvent programmé en d'autres temps, a voulu se souvenir. Cette célébration prend plusieurs formes :
- La réunion d'un groupe comptant parmi ses membres les musiciens berlinois les plus remarquables "The new Manfred Schulze Formation" qui se réclament de cet héritage,
- le réarrangement des compositions de Manfred Schulze par Stefan Bleier, qui s'applique à intégrer toutes les facettes de l'œuvre du compositeur,
- des concerts dédiés pendant ce mois de septembre,
- la création d'un
site web en allemand, afin de mettre en valeur et porter à la connaissance l'œuvre de Manfred Schulze.
Le concert du 4 septembre à l'Aufturz était en "double pack", une rentrée remarquable pour l'association Jazzkeller. D'abord le groupe "die Enttäuschung" (la déception), composé de Rudi Mahall - clarinette basse, Axel Dörner - trompette, Jan Roder - contrebasse et de Uli Jennessen qui existe depuis 1994 et produit régulièrement des albums, parfois "home made". Le groupe était en studio récemment et Rudi Mahall expliquait lors du concert, non sans humour, "on vient d'enregistrer, notre
album est sorti et on joue beaucoup notre travail pour cet enregistrement... vous pouvez économiser le prix de notre CD, on les a de toute façon oubliés à la maison..." Le marketing selon Mahall ! Le groupe compte parmi les plus remarquables en ce moment à Berlin... Et voilà ce qu'était la soirée d'hier : magique ! Des musiciens très en forme pour une musique à tiroirs, assurant des surprises à chaque mesure... J'ai trouvé sur le web quelques commentaires sur l'enregistrement de 2007 de la formation :
le son du Grisli et
Bagatellen (en anglais) On ne trouve que très peu de traces de ce groupe et de ses membres sur internet... Le marketing Mahall est passé par là, on a envie de prendre des notes !
Il était difficile de passer derrière "die Enttäuschung"... Mais la "New Manfred Schulze Formation" rassemblait bon nombre des très bons musiciens berlinois :
Nikolaus Leistle – sax baryton, Uli Kempendorff – sax ténor et clarinette, Moritz Schumacher – sax alto, Martin Klingeberg – trompette, Gerhard Gschlössl – trombone, John Schröder – guitare, Martin Klein – contrebasse et Kay Lübke – batterie. Ces arrangements de Stefan Bleier sont une belle surprise... sous la forme d'un "pot-pourri" très années 80, les différentes facettes du créateur alternent de manière très poétique, parfois nostalgique... Passer de ce qui pourraient être des "hits" disco à des phases d'improvisations libres, trouver des chemins harmoniques et lier des mondes qui semblent très éloignés les uns des autres relèvent d'un grand talent... C'est un très bel hommage rendu à Manfred Schulze, qu'il faudrait faire tourner et enregistrer.